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Guide freelance · version 1règles vérifiées le 6 septembre 2026

Se lancer en freelance : ta micro avant de quitter ton CDI

L'astuce qui décide de ton chômage, la façon de quitter ton CDI sans perdre tes droits, ce que tu paies en micro et jusqu'où tu peux aller. Que tu sois dev ou dans n'importe quel autre métier : ce sont les règles de France Travail et du Code du travail, pas les règles d'un métier.

Deux parties, treize sections, les pièges et la checklist. Chaque règle renvoie à sa source officielle. Ce n'est pas un conseil juridique : vérifie ta situation avant de signer.

Partie 1 · Ta micro, avant de partir

L'astuce qui décide de ton chômage se joue avant ton dernier jour de salarié. Pas après.

1

Conservée ou nouvelle : la règle que personne ne te dit

Le jour où tu t'inscris à France Travail, il regarde si ta micro existait déjà pendant ton contrat. Deux cas, deux régimes qui n'ont rien à voir.

Cas A, ta micro existait et facturait avant la fin de ton contrat. Pour France Travail, c'est une activité conservée : tu as perdu ton salaire, pas ta micro. Ton allocation tombe en entier tous les mois, tes factures restent en entier, jusqu'au bout de tes droits. Les deux s'additionnent.

Cas B, ta micro est créée après ton inscription. C'est une nouvelle activité. Chaque mois, France Travail retire de ton allocation 70 % de tes revenus (ton chiffre d'affaires moins un abattement de 34 % en prestations intellectuelles). Dès que tu factures correctement, le chômage tombe à zéro : il ne sert plus que de filet les mois creux. Et depuis le 1er avril 2025, ce cumul s'arrête quand tu as consommé 60 % des droits qui te restaient.

Cas A Micro créée et facturée avant ton départ

France Travail : « activité conservée »

chômage entier + factures entières

Jusqu'au bout de tes droits. Rien à calculer.

Cas B Micro créée après ton inscription

France Travail : « nouvelle activité »

chômage − 70 % de tes revenus

Et le cumul s'arrête à 60 % de tes droits restants.

Le même mois, les deux cas (allocation de 1 710 €, exemple Unédic)

tu facturescas A, chômage reçucas B, chômage reçu
0 €1 710 €1 710 €
2 000 €1 710 €786 €
3 000 €1 710 €324 €
5 000 €1 710 €0 € · le chômage disparaît

Sur 18 mois de droits à 1 710 €, l'écart entre les deux cas peut dépasser 30 000 €. Et la seule différence, c'est une date.

SourceFrance Travail, Je crée, je reprends une entreprise (« vous pourrez cumuler l'intégralité des rémunérations tirées de votre activité non salariée avec votre allocation ARE ») · Unédic, fiche Cumul ARE-rémunération (formule des 70 %, abattement 34 %, plafond 60 % du reliquat, exemple à 1 710 €).

2

La condition : une facture avant ton dernier jour

Un SIRET ne suffit pas. Ce qui fait l'activité conservée, c'est d'avoir été payé pendant que tu étais encore salarié.

France Travail parle d'avoir « effectivement exercé les deux activités et cumulé les deux rémunérations sur une même période ». Donc : au moins une facture encaissée pendant ton contrat. Plus il y en a, plus ton dossier est solide.

Aucun montant minimum, aucun délai minimum ne sont publiés. Tu liras « deux mois avant » sur des blogs : aucun texte ne le dit. Ce qui vaut plus que n'importe quel article : demander à France Travail, par écrit, avant la rupture, si ton cas sera traité en activité conservée. Une réponse écrite, tu la gardes.

SourceFrance Travail, page ci-dessus (« vous avez effectivement exercé les deux activités et cumulé les deux rémunérations sur une même période, située dans les 24 derniers mois ou 36 derniers mois selon votre âge »).

3

Quand la créer : dès aujourd'hui

Rien n'oblige à attendre. Créer tôt te laisse le temps de trouver un client et d'envoyer plusieurs factures avant de partir.

Tant que tu ne factures pas, tu déclares un chiffre d'affaires à zéro (la déclaration reste obligatoire, tous les mois ou tous les trimestres, même à 0 €) et ça ne coûte rien. Pas de charges sans revenus, pas de comptable.

Une seule chose court à partir de la date de création : la protection sur la clause d'exclusivité (section 5), qui dure un an. Elle ne compte que si ton contrat en a une.

4

La créer : gratuit, une soirée, trois documents

La micro-entreprise se crée en ligne, sans frais, sans paperasse.

: le guichet unique des formalités d'entreprises, formalites.entreprises.gouv.fr. C'est le seul site officiel, tout le reste est un intermédiaire payant.

Coût : gratuit pour les activités libérales, commerciales et artisanales (seuls les agents commerciaux paient 23,21 €).

Pièces : ta pièce d'identité, un justificatif de domicile, et une déclaration sur l'honneur de non-condamnation et de filiation, datée et signée. Un diplôme seulement si l'activité est réglementée, ce qui n'est pas le cas d'un développeur.

SIRET : aucun délai officiel. L'INPI annonce la moitié des dossiers validés en une journée ; compte une à deux semaines pour un dossier complet. La soirée, c'est la déclaration, pas le numéro.

Sourceservice-public, fiche F23961 · INPI, guichet unique.

6

Ce que tu paies, et jusqu'où tu peux aller

La micro, c'est un pourcentage de ce que tu encaisses, et un plafond que tu peux dépasser une fois.

QuoiValeur 2026
Cotisations URSSAF, prestations libérales (dev, data, conseil)25,6 % du chiffre d'affaires encaissé. Une journée facturée 800 € : 204,80 € d'URSSAF, il te reste 595,20 € avant l'impôt sur le revenu.
ComptablePas obligatoire. Un livre des recettes et tes déclarations de chiffre d'affaires.
Plafond de chiffre d'affaires83 600 € par an (seuils 2026-2028). Le dépasser une année ne te fait pas sortir du régime. Deux années de suite, oui.
TVAPas de TVA à facturer sous 37 500 € par an (seuil de tolérance 41 250 €). Inchangé en 2026, la réforme du seuil unique a été abandonnée.

Sourceservice-public, F37353 (taux) · F23267 (plafonds, règle des deux ans) · F21746 (franchise de TVA).

7

L'ordre, dans ce sens-là et pas un autre

Cinq étapes. Une seule est non négociable : la troisième.

Tout ce qui précède tient en une liste. Elle se lit de haut en bas, et l'étape 3 arrive avant l'étape 4, toujours.

  1. 1

    Ta micro

    Dès aujourd'hui. Gratuit. Déclarations à zéro tant que tu ne factures pas.

  2. 2

    Ton premier client

    Le soir, le week-end. Jamais un client de ton employeur.

  3. 3

    Ta première facturel'étape qui compte

    Encaissée avant ton dernier jour. Plusieurs, c'est mieux.

  4. 4

    Tu pars

    Par une voie qui ouvre le chômage (partie 2).

  5. 5

    France Travail

    Micro déclarée en activité conservée. Tu factures un max dès le premier mois.

Et une fois inscrit, tu factures un maximum dès le premier mois : ton chômage tombe à côté. C'est la trésorerie de départ que tu n'aurais jamais eue en restant salarié.

Partie 2 · Quitter ton CDI et toucher le chômage

Une démission ne veut pas dire zéro. Il y a quatre voies, et chacune commence par un papier à demander avant ta lettre.

8

Les conditions de base, pour tout le monde

Combien de temps il faut avoir travaillé, combien de temps tu es couvert, combien tu touches.

  • Avoir travaillé 130 jours ou 910 heures sur les 24 derniers mois (36 mois à partir de 55 ans). Si tu n'as jamais touché le chômage en vingt ans : 108 jours ou 758 heures suffisent, pour les fins de contrat depuis le 1er avril 2026.
  • Durée maximale : 18 mois avant 55 ans (22,5 mois à 55-56 ans, 27 mois à partir de 57 ans).
  • Montant : de l'ordre de 57 % de ton ancien brut. L'exemple Unédic : 3 042 € brut, 1 710 € par mois. À partir du 7e mois, l'allocation baisse de 30 % si ton ancien salaire dépassait environ 4 900 € brut par mois.

SourceUnédic, Paramètres utiles, avril 2026 · primo-entrants.

9

Voie 1 : la démission pour reconversion

La seule vraie démission qui paie, et elle couvre un projet de création d'entreprise. Le papier : la demande de CEP, avant la lettre.

  • Conditions : un CDI de droit privé, et 1 300 jours travaillés dans les 60 derniers mois (cinq ans en continu, un ou plusieurs employeurs, congés sans solde exclus).
  • Le premier papier, avant de démissionner : une demande de conseil en évolution professionnelle (CEP). Apec si tu es cadre, sinon l'opérateur régional. Pas France Travail. Si tu démissionnes d'abord, ton dossier n'est même pas recevable.
  • Puis ton dossier « projet de création ou de reprise d'entreprise » passe devant la commission Transitions Pro de ta région, qui rend une attestation « projet réel et sérieux » sous deux mois. Tu poses ta démission seulement après.
  • Ensuite : six mois pour t'inscrire à France Travail. Et un contrôle dans les six mois qui suivent l'ouverture des droits : projet non lancé, radiation de quatre mois.
  • Durée : le droit commun, jusqu'à 18 mois.

Sourcedemission-reconversion.gouv.fr · France Travail, je veux démissionner et j'ai un projet · Unédic, fiche démission-reconversion · Code du travail, L5422-1-1.

10

Voie 2 : la rupture conventionnelle

La plus connue. Ce n'est pas une démission : il faut que ton employeur dise oui. Le papier : le cerfa 14598.

  • Le papier : le cerfa n° 14598, ou le téléservice TéléRC.
  • 15 jours calendaires pour te rétracter, puis 15 jours ouvrables d'homologation (silence vaut accord).
  • Indemnité au minimum égale à l'indemnité de licenciement : un quart de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, un tiers au-delà.
  • Depuis le 1er septembre 2026 : une rupture conventionnelle donne au maximum 15 mois de chômage avant 55 ans (20,5 mois après), au lieu de 18. Trois mois de moins que la voie 1.

Sourceservice-public, fiche F19030 · Unédic, ce qui change le 1er septembre 2026.

11

Voie 3 : les démissions légitimes

France Travail en reconnaît dix-sept. Deux concernent directement un futur freelance.

  • Suivre ton conjoint qui change de résidence pour un nouvel emploi. Justificatifs : la preuve du lien (livret de famille, Pacs, concubinage), son contrat de travail ou ordre de mutation, vos justificatifs de domicile ancien et nouveau. Tu t'inscris à l'agence du nouveau lieu.
  • L'échec de la création d'entreprise pour laquelle tu avais démissionné : ton immatriculation, plus la preuve des difficultés (une attestation de comptable, par exemple). À certaines conditions, que France Travail ne détaille pas en ligne : c'est le filet qui répond à « si ça rate, j'ai plus rien ».
  • Et pour mémoire : démissionner d'un nouveau contrat dans les 88 jours travaillés qui suivent un licenciement, une rupture conventionnelle ou une fin de CDD.

SourceFrance Travail, je veux démissionner pour un motif légitime · Unédic, fiche Démission.

12

Voie 4 : le réexamen après 121 jours

Tu as déjà démissionné, sans rien de tout ça. Il reste une porte, tardive et conditionnelle.

  • Après quatre mois (121 jours) sans allocation, tu demandes un réexamen à France Travail. C'est l'instance paritaire régionale qui tranche. Il n'y a pas de formulaire dédié : tu le demandes à ton agence.
  • Elle vérifie que tu remplis les conditions de base et que tu as cherché activement : candidatures envoyées, entretiens, formations, missions courtes. Garde tout.
  • Si c'est accepté, tes droits démarrent au 122e jour.

Sourceservice-public, fiche F34991.

13

Une fois indemnisé : les deux trajectoires

Tout dépend de la partie 1. Si ta micro est conservée, il n'y a rien à demander. Sinon, il reste un choix à faire.

Trajectoire A, ta micro est une activité conservée (créée et facturée avant la fin du contrat) : cumul intégral, allocation entière plus factures entières, jusqu'au bout des droits. Rien d'autre à demander.

Trajectoire B, ta micro est créée après l'inscription : deux options, l'une ou l'autre.

  • Le cumul partiel : allocation moins 70 % de tes revenus, limité à 60 % de tes droits restants (section 1).
  • L'ARCE : 60 % de tes droits restants versés en capital, en deux fois (la moitié à la création, l'autre moitié six mois après si l'activité existe toujours), moins 3 %. Elle exige l'ACRE, que tu demandes à l'Urssaf dans les 60 jours suivant le début d'activité.

L'ACRE, pour les micro créées depuis le 1er juillet 2026, c'est 25 % de cotisations en moins pendant les quatre premiers trimestres. Elle est réservée, entre autres, aux demandeurs d'emploi indemnisés, aux bénéficiaires du RSA, aux moins de 26 ans. Un salarié en CDI n'y a pas droit, quelle que soit la date de création.

Sur 18 mois à 1 710 €, micro à 5 000 € par moisFrance Travail te verseACRE
A, conservée, cumul intégral30 780 €, mois par moisnon
B, cumul partiel0 € les mois à 5 000 €environ 320 € par mois, un an
B, ARCEenviron 17 900 €, en deux versementsenviron 320 € par mois, un an

En B, si tu factures bien, prends l'ARCE : le cumul partiel ne te donne rien. Mais A reste devant d'environ 9 000 €. Et A n'a demandé qu'une chose : une facture avant de partir.

SourceFrance Travail, guide ARE, ARCE, ACRE 2026 · service-public, F11677 (ACRE, bénéficiaires) · A18795 (25 % depuis le 1er juillet 2026). Le calcul est un exemple, pas une simulation de ta situation.

Les 6 pièges

Ce qui circule sur le sujet, vérifié contre les textes.

  1. 1

    « Attends d'être inscrit à France Travail pour créer, tu auras l'ACRE ». Vrai pour l'ACRE, faux pour le calcul : tu perds le cumul intégral contre 25 % de cotisations en moins pendant un an. Sur l'exemple de la section 13, environ 9 000 € de moins.

  2. 2

    « Ferme ta micro une fois au chômage et recrée-la, tu auras l'ACRE ». Non. Reprendre la même activité l'année de la fermeture ou l'année suivante n'est pas un début d'activité pour l'Urssaf (Code de la sécurité sociale, article R131-3) : pas d'ACRE. Et la micro recréée deviendrait une nouvelle activité pour France Travail : tu perdrais le cumul intégral.

  3. 3

    « Crée ta micro la veille de ton départ, ça suffit ». Sans facture pendant ton contrat, il n'y a pas d'activité conservée. C'est la facture qui compte, pas le SIRET.

  4. 4

    « Ta clause d'exclusivité t'interdit de créer ». Pas pendant un an à partir de la création (article L1222-5). Ce qui reste : la loyauté et l'interdiction de concurrence.

  5. 5

    « Une démission, c'est zéro chômage ». Faux dans quatre cas : reconversion, motif légitime, réexamen à 121 jours, et la rupture conventionnelle qui n'est pas une démission.

  6. 6

    « Si tu dépasses le plafond micro, t'es sorti ». Seulement deux années de suite. Une année, il ne se passe rien.

La checklist, dans l'ordre

À imprimer, ou à garder dans tes notes. Une ligne cochée à la fois.

  1. Ctrl+F dans ton contrat : « exclusivité », « non-concurrence », « activité ».

  2. Micro créée sur formalites.entreprises.gouv.fr (gratuit, trois pièces).

  3. Déclarations de chiffre d'affaires à zéro tant que tu ne factures pas.

  4. Premier client trouvé hors concurrence avec ton employeur, travail hors heures.

  5. Au moins une facture encaissée avant ton dernier jour.

  6. La voie de sortie choisie, et son premier papier demandé avant la lettre de démission.

  7. Inscription à France Travail : micro déclarée en activité conservée, confirmation demandée par écrit.

  8. Un maximum de factures dès le premier mois : chômage plus factures, la trésorerie de départ.

  9. Micro gardée la première année et demie ; plafond dépassé une année sur deux au plus.

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